Interviews avec Peter RALSTON

Le cœur de l’histoire du Cheng Hsin et de Peter Ralston

Interview avec Peter RALSTON, 1978

La matière qui suit commença comme une interview pour un article dans un magazine et devint une investigation en profondeur au cœur de l’histoire du Cheng Hsin et de Peter Ralston. Elle fut enregistrée en 1978 au cours de nombreuses rencontres et de nombreuses heures de discussion. Il s'agit d'une conversation à bâtons rompus et présentée comme telle. Le contenu s'occupe principalement d'aspects historiques concernant le but et la base du Cheng Hsin ainsi que les expériences qui ont permis à Peter Ralston de découvrir et de formuler l'enseignement du Cheng Hsin.

Des extraits ont été sélectionnés et utilisés ailleurs, mais la plus grande partie de cette interview n'a jamais été présentée. La matière dont il est question précédemment dans ce livre ne sera pas reprise ici. Du fait que les informations qu'elle contient semblent valoir la peine d'être lues, celles-ci ont été présentées en fonction de la valeur que vous en tirerez.

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Q : Quels arts martiaux pratiquez-vous et quels en sont le: fondements de base ? Répondez comme si les gens ne savaient rien à propos des arts martiaux excepté ce qu'ils ont vu dans «Kung Fu».

PR : Vous voulez le rendre difficile ? (Rires) Fondamentalement chaque fois que j'en parle, c'est ce qui arrive malheureusement. Il m'est difficile de m'adresser aux gens qui ni connaissent rien à propos du Cheng Hsin parce que, pendant longtemps, j'ai séparé recherche, pratique et contact avec les autres. Je me suis même séparé de la compréhension commune par les gens de l'art martial et ainsi est apparu un grand fossé. Si vous voulez le franchir en un instant ou même en quelques années, alors c'est difficile. Aussi l'une des choses sur laquelle je travaille maintenant est de savoir comment communiquer d'une manière plus efficace.

Ce que je pratique c'est le Cheng Hsin. Cheng Hsin est le nom de ce que je tente de communiquer. C'est aussi le nom d'une école. Cheng Hsin peut se traduire par «Votre Vraie Nature» ou «Intégrité de l'être ». Cheng signifie «principe », « vrai », «authentique », «sincère» ou quelque chose de la sorte. Hsin est souvent utilisé dans la terminologie Zen et Taoïste et l'une des principales traductions est «le Cœur», signifiant «l'Etre» («Being»), ou « la nature essentielle» d'une chose. Ainsi le Cheng Hsin est la Source de l'Etre. Ce que je fais, c'est communiquer ceci et je le fais sous de nombreuses «formes». J'ai étudié de nombreux arts martiaux. Dans cette école, j'enseigne trois systèmes d'arts martiaux, mais nous pratiquons tellement plus.

 

Q : Quelle est la différence entre un système interne et un système externe?

PR: Un système interne est une véritable étude d'un art martial ou d'interactions psycho-physiques. Ce système se focalise sur des principes naturels fondamentaux qui sont, la plupart du temps, ignorés dans d'autres approches. Par exemple, un système interne suppose de relâcher le corps entier, d'utiliser le corps entier en une fois, de puiser la force dans la terre, de cultiver une puissance intrinsèque, d'employer le «Ch'i» (la circulation des énergies) au travers du corps et la mise en pratique de ces éléments : la respiration, la psychologie de toute cette matière, l'habileté perceptive, le développement de cette zone (dantian, point sous le nombril).

D'un autre côté, un système externe est seulement un entraînement du corps. Il y a quelques siècles, un maître d’art martial déclara: «un système externe est quelque chose que vous pouvez apprendre par l'observation seule», en regardant quelqu’un, agir. Je peux bouger et vous montrer un système externe. Le système interne je ne peux pas.

 

Q : Pouvez-vous appliquer un système interne à un système externe?

PR: Non, pas nécessairement. Vous pouvez appliquer bon nombre de principes internes à n'importe quels mouvements du corps et, peut être, les incorporer, mais, voyez-vous, les principes des systèmes externes sont différents ; par exemple, si vous n'êtes pas relâché, vous ne pouvez générer certaines formes de puissance. Sans vous enraciner, vous ne pouvez rien puiser dans la terre. Vous ne pourrez pas utiliser votre corps en entier ; vous utiliserez des membres isolément, par exemple votre bras au lieu de votre centre. Ceci n'a rien à voir avec un art interne.

 

Q : Que voulez-vous dire par «puiser dans la terre ?»

PR : Générer la puissance du mouvement à partir de la terre. Nous nous relâchons et nous nous ancrons ; s'ancrer est une part très importante du système interne. S'ancrer (to sink, couler) : le mot chen en chinois signifie aussi «périr» - j'ai toujours aimé ce mot «périr» - et il signifie aussi « s'ancrer, couler ». Nous ancrons notre attention, le poids du corps, l'énergie, notre esprit et notre égo et toutes autres choses, vers le bas. Posez le tout dans les pieds et dans la terre de sorte que le centre soit plus bas dans le corps.

Lorsque je fais cela, je me sens plus lourd dans mon corps c'est comme si mon attention descendait sous le nombril et que ma force et ma motivation descendent dans mes pieds de sorte que je puisse me sentir tout à fait relâché. Je peux frapper avec ma main, mais la force et la puissance viennent du pied, pas de la main. Je ne fais rien avec la main ; la main est relâchée et la puissance vient de la terre. Faisant circuler l'énergie au travers, j'aligne et j'unifie le corps et je crée un mouvement inspiré par mon intention. Le corps entier bouge en même temps. Sa puissance et sa force viennent du sol, pas de la main. C'est une simple question d'avoir la terre, sur quelle je me tiens, qui se manifeste dans ma main.

Nous établissons une connexion entre la terre et la main au travers du corps entier. Il faut cette connexion, et elle doit inclure le mouvement, les pressions, les énergies et l'attention du corps entier, le tout aligné pour finaliser la compression dans le pied et dans la terre. En bougeant notre corps et en faisant circuler l'énergie à partir de la terre, celle-ci s'exprime par la main simplement au travers du mouvement de l'énergie de l'intention et du but. Mais ce n'est pas comme si la main ou le bras avaient leur propre puissance ; elle est simplement exprimée.

 

Q : Vous représentez un canal.

PR: Oui. C'est comme un fil électrique et l'électricité. Le fil ne fait rien - simplement il est là et laisse circuler l'électricité. Ou comme des boules de billard lorsqu'elles sont toutes alignées ; vous cognez la première et la dernière s'en va. Ces connexions sont indispensables ; sinon cela ne fonctionne pas.

De temps en temps, les gens disent que, quand je les pousse ou lorsqu'ils se précipitent sur moi et rebondissent, c'est comme s'il agissait d'un mur. Ou je les frappe et ils ont la même impression par ma main. Mais cela ne semble pas dur, sans cérémonie ; cela semble doux, mais je les touche et malgré tout il y a une telle force que la plupart du temps ils l'interprètent comme un mur. Je leur dis : «La raison pour laquelle vous croyez que c'est un mur, c'est que en est un. Seulement c'est celui qui est. .. en bas. » Vous voyez ? Le sol est tout à fait comme un mur, mais nous ne faisons pas la relation entre les deux ; alors que nous faisons la relation avec un mur vertical et c'est ce qu'ils ressentent. Ils ressentent le sol dans les mains, dans mon corps. Ils ressentent le sol parce que je m'ancre dans le sol, «sombrant », «m'enracinant », permettant à mon corps de «compresser» le sol, ce dernier transférant l'énergie à mon corps.

 

Q : Ainsi vous donnez aux qualités du sol un sens vertical ?

PR : Oui, en partie, mais il y a beaucoup plus que cela. Pour le moment, nous pénétrons sous le sol, ce qui signifie que notre énergie descend sous le sol. Mais donner aux qualités du sol une forme verticale va plus loin que simplement pénétrer sous le sol. Par exemple : voici le sol et nous nous tenons dessus. O.K.? Votre perception de la pièce dans laquelle vous vous trouvez maintenant comprend : en haut, là-bas, à gauche, à droite, de ce côté, en bas voyez-vous ? La plupart du temps les gens vont et viennent avec leur perception du monde plutôt «vers le haut» que vers le bas puisque nous sommes naturellement toujours vers le bas, voyez vous.

 

Q : En effet; c'est une barrière visuelle.

PR: Oui. D'abord une visuelle et puis une mentale, parce que nous ne conceptualisons pas, de même que nous n'admettons pas que l'espace continue sous le sol. Pensez-y ; n'est-ce pas? Cet espace pénètre actuellement dans cette direction (en montrant le sol)

 

Q : Une hypothèse non vérifiée de la vie.

PR : Ainsi, naturellement, à partir de cette hypothèse, vous vous déplacez et l'énergie ainsi que la perception de votre corps auront tendance à bouger vers le haut et vers l'extérieur dans votre quête du monde, dans votre observation du monde, dans votre relation avec ceux-ci, beaucoup plus que vers le bas et ceci brise votre équilibre, voyez-vous ? Cela vous maintient en hauteur. Et réfléchissez. L'équilibre n'est pas correct. Ainsi, pour poursuivre un vrai but fonctionnel, simplement pour atteindre l'équilibre nous devons inclure tout autant le bas que le haut. Nous devons inclure le concept, l'expérience, l'énergie du fait que l'espace continue vers le bas.

Equilibrer l'énergie de l'être, la force vitale, pour rayonner dans toutes les directions est positif ; ensuite pour prendre en considération les demandes spécifiques contenues dans les mouvements et les fonctions du corps, nous devons réaliser une véritable connexion avec la planète.

Il existe une masse qui est la planète et elle est réellement importante. En fait, c'est la masse «la plus importante» au monde. Si vous voulez un allié en voilà un, étant donné que c'est le plus grand. Ainsi, nous avons un petit corps installé sur cette énorme planète ; établir une connexion avec la planète nous donne accès à sa force. Ceci prend en compte plus que la perception. Avec ceci nous prenons en considération le fonctionnement avec les forces psychophysiques présentes dans les interactions.

C'est pour cela que nous devons «déposer» notre centre, le point fondamental de tout mouvement, et maintenir notre équilibre ainsi que l'activité corporelle. De cette manière nous «périssons» en abandonnant notre amour-propre tout en maintenant la présence du corps. L'idée est d'amener notre centre et notre sens d'être vers les pieds. Alors que notre centre et notre sens d'être se situent habituellement plus haut. Ce que cela apporte est d'amener le centre d'observation vers le bas du ventre, et le centre de notre masse ainsi que notre motivation, vers les pieds, et cela est d'une importance capitale.

 

Q: Ceci résonne comme si vous affirmiez sur un plan physique que la source de la force est le centre de la terre.

PR : Notre relation la plus importante en ce qui concerne les masses c'est la terre. C'est la masse la plus attractive de notre environnement, c'est la raison pour laquelle nous y sommes tous accrochés.

 

Q : (Rire) Nous y sommes « accros ».

PR: Oui, nous y sommes accrochés, et ainsi, voyez-vous, les systèmes externes, par exemple, n'en tiennent pas compte alors

qu'un système interne oui. Certainement le Cheng Hsin en tous cas : parce qu'il faut bien dire que la plupart des systèmes internes ratent leur cible, peut être simplement parce qu'ils ne sont pas vraiment au sein de ces systèmes ; j'entends par là des démarches qui se qualifient elles-mêmes de systèmes internes. Vous devez réaliser que ce que je dis n'est pas pris en compte ni même connu par tous les arts internes.

 

Q : Dans quelle mesure votre travail est-il original ?

PR : D'une part, très original, d'autre part, pas si original que cela. J'ai beaucoup appris de mes maîtres. Si cela ne dépendait que d'eux je ne me serais pas tourné vers des observations et de considérations aussi importantes. Ils m'ont ouvert de nombreux domaines, m'ont guidé et assisté dans mes recherches au-delà de nombreuses matières. Et ce que je fais est bien différent.

 

Q : Ainsi à quel point votre école et votre enseignement sont- ils uniques?

PR : Tout à fait unique ; iln'en existe pas d'autre.

 

Q : Est-ce une synthèse?

PR : Ce n'est pas une synthèse, c'est une découverte. Parfois les gens parlent d'éclectisme ; je ne suis pas éclectique. Ce n'est pas comme si j'avais puisé ici et là. Ce n'est pas ce que j'ai fait. Le Cheng Hsin est en même temps découvert et créé. Je l'ai découvert et en le découvrant je l'ai en même temps créé. Le premier manuel que j'écrivis commençait par quelque chose comme: «Le Cheng Hsin est tout simplement parfait. Il est parfait, non parce que je l'ai fait parfait, ou que quelqu'un d'autre l'aurait fait parfait ou simplement parce qu'il a été fait; ilest parfait parce qu'il est simplement ce qu'il est. Il est ce qu'est «Etre !». Ce n'est pas un système sorti de mes croyances, ce n'est pas quelque chose que j'ai conçu, ce n'est pas une fantaisie de ma part ou n'importe quoi du même style, voyez-vous? J'ai regardé, et c'était là. Je n'y suis pour rien. Pourtant, c'est vraiment unique. Voyez-vous, la plupart des gens ne regardent pas vraiment autour d'eux. Ainsi, lorsque, de mon côté, j'ai regardé vraiment, une incroyable découverte que j'appelai Cheng Hsin, apparut. Ce fut en même temps créé et découvert. En même temps, il est tel qu'il apparaît, essentiellement fondamental, et comme quelque chose qui apparaît simplement comme une fonction l'Existence (Being).

 

Q : Ainsi l'appellation «Cheng Hsin» est entièrement de vous ? Pourquoi avez-vous voulu, choisi un nom oriental, asiatique? parce que c'est techniquement plus précis? Pourquoi ne pas l'avoir dénommé « Ralstonnerie » (Ralstonizing) ou quelque chose ainsi?

PR: (Riant) L'une des raisons est due au besoin de précision ; parce que je ne pouvais trouver un nom avec lequel je pouvais décrire cette dernière. Au début j'avais utilisé « Intégrité de l'Être », mais lorsque je disais cela, imaginez ce qui arrivait. Les gens entendaient ce qu'ils avaient envie d'entendre. «L'Être» traduisait Hsin qui concerne votre nature, votre vrai nature ; cela signifie la Conscience même, l'origine de l'esprit et du cœur l'émotion - NdT) ; d'où proviennent l'activité mentale, l'éveil de la conscience, le cœur, les émotions et même la force vitale. Mais lorsque je disais « Intégrité de l'Être », tout ce à quoi pensaient les gens, étaient ce qu'ils souhaitaient entendre. Lorsque je dis « Cheng Hsin », personne ne comprend ce que cela signifie et cela est vrai !

 

Q : Alors ils doivent le trouver! C'est très intéressant. C'est ainsi que vous avez commencé toute une école, tout un système?

PR: C'est quelque chose à laquelle je résiste; c'est comme dire que je fais quelque chose comme l'Aikido ou le T'aï Chi. Quelqu'un a débuté avec le T'aï Chi et quelqu'un a débuté avec Aikido, mais moi je résiste à cela.

 

Q : C'est comme si vous hésitiez à revendiquer la propriété de quelque chose que vous ne pouvez posséder.

PR: Absolument. La question est que si je dis: « Très bien, voici le Cheng Hsin. C'est un tout nouveau système. II est fondé sur de vrais principes etc ... » D'abord les gens diraient: «Oh, un de plus? » Exact ? Ils l'auront chassé de leur esprit. N'importe qui peut s’amener avec un nouveau système, et cela est vraiment inutile. Il s'agit ici de la différence entre une facilité mentale intellectuelle créant plus de «forme» et la fonction de révéler ce qui est vrai. Il y a là une grande différence. Elaborer quelque chose n'est pas identique à révéler quelque chose de vrai, à comprendre quelque chose de « déjà là », voyez-vous ? Et presque tous les systèmes actuellement, même s'ils furent vrais au début, sont simplement la forme ou la coquille de ce que c'était. En une minute je peux vous faire une forme, un système même. Je pourrais toujours vous enseigner de nouvelles formes, de nouveaux mouvements, et nouvelles variations, de nouveaux concepts et de nouvelles idées.. Vous savez ... la forme de tout cela, et puis nous pourrions l'appeler système. Pourtant cela ne vaut rien. Il ne s'agit pas de quelque chose qui doit être transmis de personne à personne.

A mon avis, ce qui est arrivé à chaque art martial dans le monde c'est en grande partie de cela qu'il s'agit. C'est uniquement la forme qui est passée. Et ce n'est pas parce que les gens sont méchants ou parce qu'ils n'en veulent pas ; c'est parce que essentiellement, aucune forme n'a jamais existé. Ainsi, la seule chose qui peut être transmise dans l'existence au travers de la forme, c'est la forme. Et, à moins que quelqu'un ait recours à une compréhension récurrente au travers de ce passage ou simultanément avec ce passage vers les choses sans forme, la compréhension ne sera pas présente. Ainsi, ce que 99% des gens retirent du T'aï Chi par exemple, c'est la forme. Ceci n'arrive pas seulement aux traditions, mais aussi aux tentatives de créer quelque chose de nouveau et d'intelligent. Il s'agit généralement d'un évincement d'une ignorance, d'une tentative égoïste individuelle d'être créatif sans aucune responsabilité réelle en la matière dans la mesure de ni propres limites et de notre intelligence.  

Je ne veux pas que le Cheng Hsin devienne quelque chose qui, pour les prochaines générations, serait : «Bien, je fais du Cheng Hsin et cela ressemble à ceci.»

 

Q : Oui, comment allez-vous empêcher cela?

PR: Je ne l'empêcherai pas. Je ne peux rien y faire. Tout ce que je peux tenter c'est simplement redire ce que je viens de dire et l'enseigner, c'est tout. C'est justement quelque chose qui ne deviendra pas une forme. Je vous parlais de la déclaration de principes dans le premier Manuel de Cheng Hsin. Et bien, la voici :

 

Les principes du Cheng Hsin ne sont pas le fruit du hasard ni un système de croyance. Je fus à l'origine de leur création. Je les ai expérimentés, et ainsi, naturellement, je ne les considère pas de cette façon. Néanmoins, ils ne sont pas sortis de mon imagination ou de celle de quelqu'un d'autre. J'ai regardé et ils étaient là. Vous pouvez bénéficier de mes efforts et de mon expérience mais uniquement si vous vous appliquez à les expérimenter vous-mêmes. Ils représentent ce qui est naturel, ce qui est vrai et ce qui est absolu. En fait ils n'ont rien à voir avec moi ou avec qui que ce soit. Bien que je les ai appris et que de nombreux grands maîtres du passé les aient exposés, ils ne m'appartiennent pas, ni à eux. Je les suis parce qu'ils sont authentiques, agissant seulement comme véhicule. Je vous recommande de tout cœur de tenter, libres de toute idée ou demande, de trouver par vous-mêmes ce qui est vrai. Vous devez le découvrir par vous-mêmes ou vous ne le découvrirez jamais ! Si en vous adonnant à l'expérimentation de ces principes vous ne les trouvez pas vrais, alors ne les suivez en aucune circonstance. Mais ils le sont !

 

Q : Qu'est pour vous, précisément, le « Cheng Hsin Bodyteing » ?

PR: C'est lorsque toute chose est complète, lorsque toute chose est négociée au sein de la structure corporelle, lorsque toute chose est conscientisée. Le «body-beeing» est construit en concordance avec les principes de la mécanique et fonctionnement qui sous-tendent l'objectif du body-beeing maintenir et mouvoir le corps, l'énergie et l'attention en phase avec ces principes. L'intégrité et l'inclusion de tout ceci sont pré-senti comme un caractère multi dimensionnel du « Being » avec comme objectif d'être fonctionnel sans effort et complètement en éveil.

 

Q : Définissez-moi le ch'i.

PR : - - - - - - - - - - - - - -

 

Q : C'est cela? J'ai compris. Voudriez-vous en parler ?

PR : C'est la force vitale. La force de votre vie. Maintenant cette force n'est pas spécialement chaleur, frisson, vibration ou quelque chose comme cela. Ce n'est pas particulièrement ces choses qui, parfois, se manifestent avec des mouvements d'attention sensitive. Des gens «jouent» avec le flux énergétique et obtiennent des manifestations telles que chaleur et frisson, agitation et pression sanguine. Il s'agit de la force vitale circulant et activant l'un des sens donc produisant certaines manifestations. L'énergie elle-même est informelle. Elle est en relation avec le temps et l'espace mais elle est informelle dans cette relation. Elle n'a aucune structure rigide du tout. Elle n'a aucune frontière particulière. Cependant, elle apparait comme une ère de concentration, elle peut être concentrée mais n'a aucune frontière visible. Informelle comme l'air est informe pourtant, c'est «quelque chose qui est ». Pour cette raison elle peut prendre de nombreuses formes.

Elle peut être dirigée par votre attention. Ainsi, ce que vous faites de votre activité mentale, folie ou non, affecte votre force vitale. Si vous devenez fou avec un certain type d'interprétation votre force vitale devient folle et votre corps ainsi que votre vie deviennent perturbés.

A ce propos, une chose que les gens ne saisissent pas, c'est que tout ceci est invisible. Vous perturbez votre force vitale dans notre quotidien avec les choses folles que vous faites, avec vos pensées, avec vos émotions, mais ce n'est pas du tout de la façon que vous pensez le voir. Ce n'est pas comme lorsque vous divaguez et que vous avez un éclair de chaleur là, ou quelque chose d'autre d'apparent. Mais cela perturbe votre force vitale. Votre activité mentale actuelle est une manifestation de la force vitale, voyez vous ? C'est la raison pour laquelle je parle de «Conscience» lorsque je fais référence au Hsin par opposition à «Esprit» : parce que vos pensées, vos sensations sont toutes deux, mouvements de la force vitale. Il s'agit simplement d'activité ou de mouvement de la force vitale.

 

Q : L'esprit lui-même?

PR: Oui, tout cela. Voyez-vous ce que je veux dire? : « Esprit » et force vitale sont simplement une distinction du même évènement. Les gens tendent à confondre les effets d'une chose avec la chose elle-même. Par exemple : lorsque vous bougez votre main ou que vous augmentez l'énergie circulant dans votre main en posant un acte d'attention dans une certaine direction, des manifestations peuvent commencer à se produire dans votre main. Ce peut être la chaleur. Ce peuvent être des frissons, une vibration ou autres. Ceci n’est pas l'énergie ... Les gens se trompent: « Oh, c'est le Ch'i. Le Ch'i est chaleur ». C'est le résultat du mouvement de l'énergie ou de l’attention sensitive. La force vitale, conduite de cette façon, touche le système nerveux et crée des frissons ; fait circuler le sang et crée la chaleur, fait bouger l'énergie qui se concentre et c'est le sang qui rend la sensation palpable ; voyage dans les tissus musculaires et commence à rendre ceux-ci un peu fou et ainsi les fait vibrer ou s’agiter. C'est ainsi que je considère ce qui se passe. Que l'énergie touche les tissus dans son déplacement.

 

Q : Ce n'est qu'un symptôme, un effet collatéral.

PR: Oui, mais si ce n'était que pour des petites choses comme cela, les gens n'établiraient aucune relation. De même, j'aime beaucoup dire ici que cela peut apparaître comme paradoxal. Ces faits n'appartiennent pas à une rationalité physique ou objective c'est-à-dire la manière dont nous intégrons les choses matérielles des lois physiques normales et ainsi cela paraît paradoxal. Par exemple, je peux ancrer l'énergie en masse, alors mon sens total d'exister... littéralement, le sens d'être moi ... tout cela descend vers le bas. Et, je le ressens comme si j'entrais dans la terre. Ma sensation d'exister entière, descend. Totalement. Et maintenant, voyez, ceci est le paradoxe : je peux agir avec toute mes sensations autrement dit ma force d'existence, avec mon énergie, avec mon attention sensitive tout en laissant le tout enraciné. Je monte ma main et vous frappe, par exemple, à partir d'ici. Tout se connecte pour vous frapper, et rien ne se disperse, vous voyez ?

 

Q : Oui, je pense. Il ne s'agit pas de se comporter comme au karaté ou comme s'il ne s'agissait que du « physique», alors que pour vous, la force s'exprime en vous, vous extériorisant au travers de ces principes. Et au travers de ceux-ci ce n'est même pas vous même qui vous extériorisez, vous n'êtes que l'intermédiaire.

PR: Oui. De même, lorsque vous pratiquez un système interne avec un enseignant compétent et le curriculum exact, quelque degré que vous développiez la force, comme lorsque quelqu'un vous frappe, cela ne vous blesse pas. C'est le résultat d’un entraînement interne.

 

Q: Vous voulez dire que quelqu'un vous frappe physiquement et cela ne vous blesse pas?

PR : Oui. Cela ne vous blesse pas parce que vous devenez… comme du caoutchouc. On frappe votre corps, la «chose», et, parce que la force vitale ou énergie se construit après un certain temps, au travers d'un entraînement spécifique, peut-être les tissus «fusionnent-ils» et deviennent comme du caoutchouc, pénétrant les os, devenant ainsi finalement comme de l'acier trempé. L'énergie corporelle ne résiste pas et ainsi ne se «brise» pas.

Un autre comportement paradoxal similaire est celui de l'attention consciente. Vous voulez porter une attention absolue sur votre partenaire ou adversaire et, en même temps, vous voulez porter une attention de 100% sur vous-même, votre énergie, votre corps, et leur objectif. Et vous devez réaliser les deux à 100%. Cela semble paradoxal, mais çà ne l'est pas. Et cela ne le sera pas, seulement si vous réalisez que ces deux éléments ne font qu'un. Si vous arrivez à considérer votre opposant et vous-même comme un seul élément, alors votre intérêt ne sera pas limité ou restreint d'un côté ou de l'autre. Simplement, votre attention se pose à 100% sur l'ensemble.

 

Q : Je comprends vraiment la différence entre ces approches. C'est comme apprendre à voler au lieu de jouer au basket-ball ou quelque chose comme çà. Leur similitude tient à ce que, simplement, ils font tout deux partie de la vie.

PR : La différence est bien plus grande que cela. Vraiment, il me serait difficile de faire une comparaison, mais c'est comme j'ai dit dans l'une de mes communications, la différence c'est que le Cheng Hsin est vraiment une étude réelle et ouverte de ce qui se produit, les événements que nous vivons, une investigation du Being, de l'Être. D'autres recherches ne sont même pas terminées. Au mieux, il s'agit d'une partie de celles-ci. J'ai passé un temps fou à simplement expliquer ce que je fais ... mais ce n'est que le terrain! Comment expliquer facilement à quelqu'un, communiquer à quelqu'un en quelques mots, en quelques jours de quoi il s'agit. Ne fut-ce que l'immensité, les différents niveaux, les différentes approches, les valeurs et toutes choses concernées dans lesquelles nous pourrions plonger, tout cela est difficile à communiquer. Et au-delà de tout cela, il est tout aussi difficile de communiquer les choses que je ne sais exprimer par des mots : la compréhension. Voyez. Lorsque je suis là, assis tranquillement, je peux avoir tout à coup une compréhension comme çà ... (claquant des doigts). Par exemple, d'une façon soudaine, je peux voir, comprendre comment quelque chose fonctionne, les principes sur lesquels elle fonctionne ou entrevoir comment quelque chose peut fonctionner, mais je ne peux le communiquer parce que la représentation ou la compréhension de ce que j'ai aperçu n'est pas commune, voyez vous? Ce n'est pas quelque chose que les gens peuvent partager facilement. Si j'acquiers la compréhension d'une expérience sur la nature de l'Être, du Being, il m'est extrêmement difficile de le communiquer parce que les autres n'ont pas forcément vécu la même compréhension, la même expérience. Ils n'ont rien à quoi s'accrocher. Pour cette raison, mon travail consiste largement à créer des environnements au sein desquels je peux le communiquer. C'est ma nouvelle façon d'agir et ce n'est pas une tâche facile. Pourtant cela devrait être si simple, si évident de sorte que je puisse dire « regardez », et cela deviendrait évident. Je sens que je devrais aller dans ce sens. C'est tellement simple!

Pourtant, il semble qu'il faut beaucoup de temps aux gens pour comprendre le Cheng Hsin. Je souhaiterais diminuer un peu ce temps. (Rire). Il me semble que je devrais être plus efficace dans la communication, que je pourrais la structurer de telle façon que les gens puissent l'expérimenter plus rapidement. Ils devraient réellement entendre ce que je dis et le mettre en pratique. Si je pouvais être plus efficace en cela, cela prendrait moins de temps pour qu'ils le maîtrisent. De même, je voudrais aussi le rendre plus puissant pour qu'ils l'acquièrent plus profondément. Même avant que quelqu'un le saisisse complètement, je peux partager avec lui sur le plan d'une expérience du Being, de l'Être. Je peux en parler et d'une certaine façon, il y entrera, même si ce n'est pas d'une manière consciente sur le moment. C'est ce que j'essaie de faire. Puis, après, il y a des gens comme l'épicier du coin qui est simplement quelqu'un d'ouvert, de conscient, qui aime la vie et qui vit sa vie. C'est merveilleux. Je n'ai vraiment pas grand’ chose à lui apprendre, voyez-vous?

Pour moi, je pourrais simplement m'asseoir là et vivre le Cheng Hsin. Je n'ai pas besoin de le mettre en application. Je n'ai pas besoin de me glisser dans une forme quelconque, voyez-vous ? C’est la raison pour laquelle je n'aime pas dire que, ce que je fais est simplement un art martial.

J'ai trouvé beaucoup de plaisir dans ce travail. J'ai vécu une grande joie. A certain moment, j'ai «craqué» et explosé de joie. Un jour, alors que je pratiquais d'une manière routinière, j'éprouvai un sentiment de perfection sans y penser. Le sentiment fantastique de ce moment ******* ! J'y trouve une beauté que je ne peux exprimer ; un grand, beau et formidable évènement se produisait et tout simplement, je le vivais. Lorsque je sortis du mouvement, je n'y pensais même plus, simplement, je ressentais de la gratitude dans mon cœur, de l'amour et de la gratitude et je voulais en remercier quelqu'un. Je me retournai, et il n'y avait personne à remercier. Ainsi, je m'inclinai. Simplement mon corps se courba. Je m'inclinai comme si mon corps et mon cœur voulaient simplement exprimer un profond respect et une profonde gratitude «sans raison ».

 

Q : Dites-moi ce que vous pensez de ceci : Le combat, du moins sur le plan axiomatique, fait référence à une relation oppositionnelle, conflictuelle et ce que j'ai compris du Cheng Hsin, c’est que vous vous efforcez de ne pas être dans une relation oppositionnelle, conflictuelle alors que d'autres formes de combat ont basées sur une telle relation. Ainsi la chose importante en Cheng Hsin est que, au plus vous le maîtrisez, au plus vous transcendez l'aspect conflictuel de la relation et au plus vous pratiquez cela, au plus il n'y a pas combat et au moins vous pratiquez ce dernier dans votre vie. En d'autres mots, le Cheng Hsin  s'avance vers un point où il se transcende lui-même, pourrait-on dire, ou peut-être ne se transcende-t-il pas lui-même, mais toute la matière martiale elle-même. En fait, ils'agit de l'opposant qui établit la relation. Qu'en pensez-vous? PR : Absolument. Il ne s'agit pas d'avoir un problème, mais une ouverture. Le jeu que nous jouons, ressemble au combat. C'est un combat mais, comme vous dites, le Cheng Hsin s'occupe de la transcendance même. Je pense que tout ce qui concerne les valeurs est transcendant. Si c'est quelque chose qui tourne en rond, ce n'est pas la poursuite d'une valeur.

 

Q : Est-ce qu'il se transcende lui-même, ou transcende-t-il la forme?

PR: La forme. Vous avez une idée du combat et vous avez une idée du Cheng Hsin qui va changer continuellement. L'intention d'étudier une chose change constamment. Comme je le disais, tous ceux qui franchissent la porte ont en tête des raisons différentes pour lesquelles ils le font. Habituellement, ce qui les motive c'est le désir d'ajouter quelque chose à leur ego, ou d'imaginer dans certaines limites, mais ce qui les motive à rester, c'est autre chose. Parce que les gens abandonneraient si cela ne leur convenait pas. La santé l'exercice physique, rester en forme, apprendre comment se battre apprendre le « self-défense» sont des effets collatéraux de notre travail, pas des objectifs en soi.

Il s'agit d'un travail sur l'Être. Pas seulement une fascination, une fantaisie mystique ou du self-défense. Les gens commencent par penser qu'ils travaillent sur de petites choses Qu'ils acquièrent une fascination pour et qu'ils s'y engagent, qu'il pénètrent dans un art martial interne chinois, qu'ils pratiquent le sel défense ou qu'ils apprennent comment danser. Et s'il n'y a que cela, il est déjà vraiment sain pour l'esprit et le corps, d'être touché et de vous trouver dans une situation où vous jouez avec quelqu'un comme un enfant, vous relâchant et bougeant simplement les corps ensemble ; percevant, étant touché et touchant l'autre, même si le contact est un jeu martial. Mais ceci n'est toujours pas le but du Cheng Hsin.

Au point de vue mécanique, vous pouvez considérer le combat comme «avoir un adversaire ». Mais un adversaire, c'est quelqu'un contre lequel vous combattez. En d'autres mots, quelqu'un avec lequel vous avez un conflit d'intérêt et, dans ce cas, un conflit d'intérêt physique. Cette personne va vous blesser et vous allez blesser cette personne et/ou vous aurez à «agir» ou à « être» dans une disposition telle, que vous serez «anti-lui ». Voyez-vous ? L'attitude est «anti-Iui ». Quoi qu'il fasse, quoi qu'il pense ou ressente, vous devez réagir contre. Vous avez à le détruire; en être l’antithèse. En être séparé. La base de la plupart des relations est de s'en protéger. Ne pas être contre un fait, c'est déjà y prendre part ; c’est en être partie, bouger avec et pas contre. Alors, vous ne le combattez plus.

 

Q : Mais vous pourriez toujours blesser l'autre.

PR : Bien sûr, vous pourriez. Mais vous ne le combattez pas. Le but du combat Cheng Hsin est de disposer d'un outil qui nous permet d'examiner ce que nous sommes en train de faire ; ensuite de le comprendre et de le transcender. Pour être capable de fusionner avec quelqu'un physiquement, vous devez fusionner avec cette personne mentalement ; avec votre énergie ; avec votre conscience. Vous devez être capable d'être avec cette personne et en étant avec elle, vous devez être capable d'aller au-delà de vous-même. La rencontre vous en offre l'occasion. Peut-être la sensation d'être en vie est-elle de cette nature : être avec plutôt que contre.

De toute façon, il me semble que cela peut rendre plus heureux. Je suis plus heureux lorsque je suis du côté de la vie que lorsque je combats contre le monde. J'ai grandi en combattant le monde. C'était ma façon de voir et le Cheng Hsin m'a transformé. Apprendre cela avec seulement une personne, un autre humain, est difficile. Les obstacles apparaissent. Et ces obstacles apparaissant ici, sont les mêmes que ceux apparaissant ailleurs ... éviter, résister, peur et angoisse, et tout ce qui s'y rapporte. Nous examinons le tout et décidons ce qui est à faire et ce qui ne l'est pas.

 

Q : OK. Mais je suis intrigué par tout ce que vous venez de me dire et le fait que vous avez démontré que, parfois, vous pouvez choisir de blesser quelqu'un dans ce contexte. Par exemple, vous m'avez dit ... lors de la dernière rencontre du Tournoi Mondial .. , vous avez dû blesser quelqu'un.

PR: Vous pouvez choisir de blesser quelqu'un et c'est comme frapper un sac, par exemple. Vos ne combattez pas vraiment le sac, vous le frappez. Vous comprenez ce que je dis? A un autre niveau, vous pourriez dire que l'adversaire sera blessé parce qu'il le cherche, le désire. Il s'engage dans ce sens et si c'est cela sa demande, c'est ce qu'il va provoquer. C'est ce qui va arriver. Il cherche un impact. Il cherche un contact soudain et définitif et vous le lui procurez. Je pense vraiment que, parfois, les gens qui aiment beaucoup se battre, recherchent cela, quoi qu'il leur arrive. Ils veulent se punir et veulent le ressentir, de n'importe quelle façon. Ils en veulent !

 

Q : Oui mais, qu'a à voir le fait d'envoyer son pied dans le corps de quelqu'un, avec conscience, et une vision transcendante de la vie?

PR : Bien ... (Rire) ... en un mot, la violence est un aspect du monde et ce n'est pas quelque chose qui est séparé de la réalité. J'ai rencontré des gens qui considèrent «la réalité» comme quelque chose de séparé du reste, à part de l'aspect très rude du monde. Comme si la réalité n'était que lumière et amour alentour. Et j'ai choisi de ne pas le voir de cette façon. Ce que je considère comme réalité, c'est la réalité. Eviter l'amer, le mal, la violence et la cruauté ou ce que nous considérons comme tels, ce n'est pas être avec le monde, ce n'est pas entrer dans sa réalité. L'éviter n'est pas le transcender. Je ne pense pas que quelqu'un a déjà transcendé la violence en l'évitant, en fuyant la difficulté. Et par violence j'entends la violence émotionnelle et mentale, la violence verbale, etc ... Toutes matières que nous considérons comme «mal». Je ne vois pas en quoi la violence émotionnelle est différente de la violence physique. Vous blessez mes émotions, vous blessez mon corps ou vous les bousculez. Si je les maintiens en place, dans tous les cas vous les cognerez. Mais si je les déplace, transporte, vous passerez à côté. Ne reste alors que votre mouvement.

Si vous considérez la spiritualité tibétaine, la violence apparente en fait partie. J'aime certains de leurs discours, tout comme j'aime Freejohn. Il est très franc. Il n'y a là aucune parade devant une quelconque relation. Que cela apparaisse comme de la violence, que cela apparaisse comme de l'amour, qu'importe. Je veux dire par là que les gens craignent des exercices « sensuels ». Il ya pour eux matière à l'éviter. J'ai des étudiants qui sont très perturbés par rapport à la relaxation et à l'absorption de l'autre, par le fait d'être touchés ou de jouer. Mais comme le disent les Tibétains, la réalité du monde est très directe. La violence est très directe lorsque vous entrez en contact avec elle.

Il ne s'agit pas d'expérimenter particulièrement la douleur. Il s’agit d'y faire face, pas de reculer devant elle. Ainsi, si je vous envoie un coup de pied, votre objectif, votre mouvement c'est de se fondre avec celui-ci afin qu'il ne vous arrive rien. Il n'y a pas de contradiction dans nos mouvements. Pour réussir cela, il vous faut vous ouvrir à ce qui se passerait s'il y avait contradiction ou douleur créée. Si vous ne vous ouvrez pas à cela, il y des chances que vous allez vous bloquer ou que vous allez résister et que vous ne serez pas suffisamment vigilant pour vous fondre avec l'événement, constamment, encore et encore. Vous voyez ?

L'éventualité de la souffrance crée un niveau de peur très révélateur de l'ampleur de notre ego. De l'ampleur de la manière ont nous entrons en empathie avec le monde. Si vous entrez dans une grande peur, les choses surgissent. C'est comme toucher le fond.

Ce ne sont pas que de bonnes idées intellectuelles ou une gentille philosophie. Il s'agit d'admettre: «Voilà où j'en suis avec le monde ! J'en ai réellement peur, quoique j'en dise. ». Ou quel que soit l'aspect qu'il ait vraiment pour vous. Vous devez en être conscients. Les niveaux habituels d'intensité ou la possibilité de blessure physique aident à le mettre à jour. L'intensité émotionnelle entre autres, aide à l'élucider. De même, il faut faire la distinction entre, ce que nous pourrions appeler une pratique dure et la violence. Un facilitateur ou un professeur habiles peuvent paraître durs dans les confrontations, suscitant un grand inconfort chez l'étudiant. S'il en ainsi, c'est dans le but d'aider et de supporter l'étudiant dans un percée, une rupture ou dans la reconnaissance de quelque chose qu'il ne reconnaîtrait pas sans cela.

 

Q: J'en saisis l'intensité. Ce n'est pas simplement de la violence, c'est de l'intensité qui amène à une matière intense. L'une des choses que je retiens de ce que vous dites c'est que, un facteur crucial dans ce qui nous occupe, est constitué par le contexte dans lequel vous considérez le combat, votre attitude à son égard. Si,  ce que vous cherchez, c'est battre l'autre personne, alors vous pouvez poser un acte avec un effet contraire à l'effet souhaité. Mais si ce que vous entreprenez se fait sous forme de jeu ou d'extension devotre conscience à ce qui se produit, alors vous pouvez poser le même acte en «supportant» cette même personne. En d'autre mots, quelqu'un peut m'envoyer un coup de pied rien qu'avec l'intention de me blesser et cela peut créer un effet destructeur. Une autre personne peut m'envoyer un coup de pied sans aucune intention du tout. Elle peut juste se contenter de «jouer» ou d’être«en relation» avec moi en combattant ou autre chose. Alors comme vous dites, cela apparaîtra comme le résultat d'un tout dans ma conscience ou ma vigilance, et ce serait le même coup, à même place ; la même action, mais engagé d'une manière tout à fa différente. Est-ce cela votre point de vue?

PR : Oui. C'est tout à fait vrai.

 

Q : OK. Je suis curieux. Je n'ai aucune idée de ce que cette question va apporter, mais à quel point la sexualité n'est-elle pas, elle aussi, un combat? Je pense à son intensité. La sexualité est aussi quelque chose que les gens saisissent très très vite. Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet ?

PR : Il y a de grandes similitudes. Bon nombre de confusions et de fuites apparaissent dans l'un comme dans l'autre. Les protagonistes essaient de retenir l'autre, devenant sensuel et en étant énervés. Perturbés par les sensations ressenties. Sensation de quelqu'un. Quelquefois les gens ne souhaitent pas être sensible à quelqu'un à cause d'un trouble sexuel. Tous ces éléments interviennent, mais il s'agit simplement de ressentir la présence de l'autre, voyez-vous? Non pas savoir ce qui se passe, vraiment, mais simplement ressentir la présence de l'autre en n'y donnant aucune signification sexuelle. Pourtant, j 'y trouve, personnellement une grande similitude. Les deux apportent beaucoup de plaisir. J'ai pensé un jour: «Si je ne fais pas l'amour, j'aimerais bien livrer combat. » (Rire). Je réalisai ainsi la connexion que j'établissais entre les deux. Que les deux me paraissaient de la même qualité en un sens, parce que dans les deux situations, j'entre en contact. Dans les deux j'établis une relation. Vous voyez?  Dans les deux je noue une relation proche, intime, satisfaisante. Et elles sont toutes deux intenses et peuvent procurer beaucoup de plaisir. Elles sont toutes deux un jeu intime avec quelqu'un.

 

Q : Qu'est-ce que combattre?

PR: L'une des plus grandes révélations du combat eut lieu, pour moi, lorsque je réalisai que: «Il n'existe rien de comparable à un combat, il n'y eut, et il n'y aura jamais rien de comparable ».

 

Q : Bien, mais qu'en avez-vos fait ?

PR : Il n'y avait rien à en faire.

 

Q : Bon, mais qu'en est-il advenu ?

PR : J'ai essayé de le disséminer, mais c'était difficile; aussi me suis-je tu.

PRlQ: (Rires)

PR : Maintenant, j'ai essayé à la fin de «jouer» en relation plutôt que seul.

 

Q : Qu'entendez-vous par là ?

PR : Et bien, très simplement, voici un incident qui clarifie cela : je rencontrais quelqu'un et il m'envoyait coups de poings, coups de pieds, et autres et tout à coup il s'apprêtait à m'envoyer un coup de poing et je fis un pas sur le côté mais son poing partit de toute façon. Mais je n'étais plus là ! Je me tenais là, regardant ce qui arrivait, et il avait littéralement envoyé son poing à un endroit alors que je me trouvais à un autre. A ce moment-là je lui dis: «Je suis ici! » (Rire). «Pourquoi frappes-tu là, alors que je suis ici? »,

Voyez-vous, c'était plus que de ne pas percevoir que j'étais sorti de la trajectoire. Il était plus dans ce que lui faisait que dans ce que moi je faisais. Les gens ne se rendent pas compte que ce qu'ils font est totalement dépendant de ce que fait l'autre.

 

Q : Ainsi, le combat ne se focalise pas sur ce que vous faite, mais sur ce que l'autre fait.

PR : Absolument. Et il n'y a pas là, combat.

 

Q : Et il n'y a pas combat.

PR: Vous ne pouvez agir qu'en relation avec ce que fait l'autre. Absolument. Absolument! Si l'autre se tient devant vous et vous permet de le frapper, là aussi vous êtes absolument en relation avec ce qu'il fait. Et si l'autre personne se met en mouvement et fait mine de vous combattre, vous aurez à tout faire, à exécuter tout mouvement en relation avec le moment présent - pas le dernier moment ou le moment avant ou ce qu'il semble qu'il va se passer mais en relation avec l'action de l'autre, à tous moment simultanément. Le mouvement de l'autre, son changement, sa pensée, son énergie, ses intentions.

 

Q : Ainsi, lorsque vous aviez vingt ans, vous avez commencé vraiment à vous intéresser à l'importante question de la vie, à partir d'une série d'expériences révélatrices. Pensez-vous que cela vous a aidé dans votre travail ?

PR: Oui. Je pense que, avoir expérimenté la nature de l'Être, du Being, m'a aidé considérablement. La plupart des gens n'ont aucune expérience directe de l'Être, du Being et n'entre pas facilement dans cette vérité. Cette expérience, qu'elle ait changé directement quelque chose dans ma vie ou non, est largement responsable de ma capacité à me détacher d'un point de vue. C'était une connaissance de moi-même qui me permit de voir les situations plus clairement, de sorte que je pouvais renoncer à mon point de vue, ma demande. Je trouve cela très valorisant.

 

Q: L'une des choses concernant les révélations au sujet lesquelles les gens se font une fausse idée, je pense, est que la révélation, c'est la fin, c'est que l'expérience d'une révélation et sa prise de conscience est la fin, et lorsqu'ils y arrivent - personne actuellement n'en parle, mais il existe une sorte de concept implicite - c'est terminé. Ce que j'ai noté, c'est que la révélation n'est vraiment qu'un début.

PR : Oui, je suis d'accord avec vous. Ce n'est pas du tout la fin, alors que nous avons tendance à le considérer comme tel. Les gens à tendance «spiritualiste» le voient ainsi. Il existe des histoires à propos de révélations complètes et finales, comme celle de Gautama Buddha et autres. Mais telles quelles, elles n'ont rien à voir avec nos objectifs. Si c'est complet, alors c'est complet dans tous les sens du terme, quel que soit le sens que vous lui donnez. Complet sous toutes les facettes et toutes les dimensions. Ce qui arrive, c'est que quelqu'un peut avoir une révélation, une illumination qui soit absolue mais pas complète. Probablement que, du fait qu'elle n'est pas complète, elle vous laisse une sensation de frustration de ne pouvoir l'intégrer dans votre vie courante. Une expérience révélatrice, étant donné qu'elle est absolue, est absolument vraie ; mais ne peut pas être reconnue comme ultime. Au niveau et dans les limites où elle est complète, ou dans les limites où vous vous sentez en complétude et en accord avec elle, ces limites disparaissent. Alors qu'elles devraient être le fruit d'une série d'activités que vous avez «réalisées» ou sur lesquelles vous avez travaillé, tout cela représentant un problème, un effort ou simplement une grosse part d'attention et d'énergie, une telle expérience peut faire qu'elles disparaissent, qu'elles ne soient plus un obstacle ou un problème. Ainsi, cela devient clair et simple, non plus complexe.

Néanmoins, nous changer, profondément et comme un tout est un processus continuel et souvent lent. Réaliser ou percevoir, apparaissent soudainement parfois, mais suivis par une série de réajustements, de transformations, de mises à niveau.

 

Q: Cela sonne comme si le Cheng Hsin crée les bases d'un accès à l'expérience directe et à son intégration.

PR : Oui, comme dit Shissai : Lorsque le Cœur est serein ... Le Cœur, encore, est Hsin, ou « Being », Être ; il fait référence exactement aux mêmes caractéristiques ... Lorsque le Cœur est serein, la force vital, l'est de même. Le Cœur de l'homme n'est pas foncièrement mauvais. S'il se laisse guider par sa vraie nature et s'il n'est pas guidé par, soumis à, astreint à ses passions et ses désirs, son esprit sera libre d'exigences et ses réponses aux choses ne seront pas entravées. Néanmoins, les erreurs d'un Cœur prisonnier des passions sont souvent très profondes. Et on ne peut pas facilement changer son tempérament et retourner immédiatement vers une simplicité naturelle.

 

Même après une expérience révélatrice, il est difficile de simplement changer son tempérament et de retourner vers une

simplicité naturelle. Tout cela est à considérer à partir du fait qu'il est nécessaire de connaître la vraie nature de quelqu'un.

Une partie de ceci a à voir avec le ré-arrangement de la mécanique des choses tels votre« être corporel», votre «bodyeing », vos pensées, vos émotions, vos perceptions et vos expériences même. Et cela parce que vous fonctionnez comme « corps» et que vous allez opérer en relation avec tout ce qui peut et doit affleurer et avec lequel vous êtes associés. Reconnaître ce qu'est l'esprit, la pensée, et modifier votre relation avec ceux-ci. Reconnaître le contenu de vos actions, ce que vous avez toujours pensé qui vous était propre et réexaminer cela. Vous vous rendez compte qu'il y a là un choix à faire. Reconnaître l'état de vos assertions ne vous aidera pas à vous en libérer. Et vous pouvez vous en rendre compte lorsque vous pratiquez des activités tel le combat. Il s'agit ici d'une relation psycho-physique dans laquelle la globalité de «l'être soi» est incluse et est en phase avec vos actes. Notez cela et changez-le en ayant l'opportunité d'expérimenter de quoi il s'agit et prenez en compte comment cela change réellement votre état.

Une chose que je dis aux gens à propos du relâchement, par exemple : «Si vous le ressentez comme avant, c'est que c'est bon ». Si je dis: «Relâchez complètement les tissus et bouger dans un profond état de relâchement », et que vous dites: « Mais je ressens exactement la même chose ; je ne constate rien de différent », Alors je dirai : «Si vous ressentez la même chose, c'est probablement ainsi ». Lorsque vous vous relâchez complètement, la sensation est différente que lorsque vous ne vous relâchez pas et vous avez occasion de le constater. Lorsque vous changez votre état en vous consacrant complètement à l'action qui se déroule, alors vous vous sentez différent, vous agissez différemment, et même, vous percevez différemment. Mais parfois, il est très difficile de percevoir en quoi consiste ce changement. Vous voyez, ce n'est pas évident à identifier. Comme lorsque vous échangez avec quelqu'un, et vous

essayez de changer d'état. Cela ne marche pas. Vous essayez d'abandonner certaines choses ou d'en essayer d'autres et ça ne marche pas ; apparaît alors la frustration.

 

Q : En d'autres mots, on ne peut le faire qu'en le faisant.

PR : En effet. Et encore et encore, au travers de la pratique jour après jour, année après année, vous commencerez à cultiver une satisfaction pour ce que le changement représente à chaque fois. De sorte que vous pourrez vous y mouvoir plus rapidement. Vous en êtes capable.

Q : OK. Maintenant en examinant la révélation ... Je ne pas si je suis en train de m'imaginer ou si vous pensez ceci et que vous ne l'exprimez pas. Ma vision de ceci est que la révélation clarifie absolument pour quelqu'un la relation avec son corps, avec sa pensée et avec le monde ... en d'autres mots, si vous vous identifiez avec toutes ces «conneries» que vous n'êtes pas ...

PR : Cela « dé-identifie» tout cela, mais je ne crois pas que cela élucide le tout. Voyez-vous, une expérience de révélation, avant une «révélation complète », peut absolument révéler votre vraie nature ; mais votre vraie nature ne se trouve pas ou ne peut être saisie par un travail de la pensée, et ainsi ne peut révéler toutes les intrications de l'esprit, les structures que vous avez construites depuis votre naissance, et peut-être avant.

 

Q : Cela semble évident que tout cela c'est votre pensée, au lieu de vous-même.

PR: La question est ouverte. La nature de votre discourt peut être divisée en deux «versants ». La révélation ne se fait pas toute seule. Elle fait usage d'une autre activité, une activité apparaissant comme un processus. C'est dans l'évènement que nous devons trouver ce qu'il est et, alors, nous pouvons peut-être changer quelque chose, si nécessaire. Il a tendance à vous transformer, à vous entraîner dans cette direction et je pense, que, en fonction de la «profondeur» de l'expérience ou de la perception, cela peut tout simplement clarifier les choses. Les choses qui sont prêtes à tomber, vous pouvez les éliminer, mais les éléments plus profonds ne vont pas nécessairement apporter des changements immédiats, étant donné que vous allez retourner vivre sur les mêmes bases.

 

Q : Ainsi, le Cheng Hsin est un moyen de faire évoluer votre nature et d'expérimenter une plus grande réalité.

PR: Le Cheng Hsin c'est Être; il n'y a pas de « Voie ». Ce que nous faisons à l'école, c'est procurer une ouverture pour les sens, et ainsi cela paraît une voie.

 

Q: Donc, cela apparaît comme une voie pour manifester votre vraie nature et de faire évoluer cette nature qui nous est propre, le corps, l'esprit, etc... ?

PR: Nous pourrions dire cela. Apparemment, un évènement a lieu, c'est le fait que «nous sommes» et «que nous pouvons nous retrouver ». Il s'agit du fait d'être. « La vie» apparaît comme une activité, un processus depuis notre naissance jusqu'à notre mort. Nous vivons principalement en ce que nous appelons notre esprit ; et cela apparaît comme quelque chose de «déjà là » ou de construit. Nous avons un corps et il est façonné comme il est façonné. Et nous avons des activités que nous appelons nos sentiments et nos émotions. Et tout cela est branché sur la forme de nos relations avec les autres et sur la vie en général. Cependant, nous ne savons pas vraiment ce chacun d'eux représente. Le Cheng Hsin s'efforce de ne rien ignorer de cela, mais le considère tel que cela se présente, dans un contexte de relation avec les autres ou simplement en considérant évènement tel qu'il apparaît « en l'état ».

 

Q : Alors en quoi cela concerne-t-il la révélation ?

PR: La révélation éclaire la nature de l'évènement. En éclairant la nature de cet évènement, elle permet un alignement sur celui-ci et libère leur relation. Cela libère aussi la situation de l'Être, du Being des complications qui semblent nécessaires et fixées, de sorte que vous n'y êtes pas liés, bien que vous y soyez inclus. Je trouve que changer le tempérament de quelqu'un, qui est sa relation à l'évènement, est matière à le libérer de son attachement à des conclusions ou des assertions, ce que nous appelons généralement «le savoir» et qui représente une très grande dépendance. Et puisque nous sommes impliqués personnellement, nous y restons attachés en ce sens. Changer cela ne se fait pas en un instant, quand bien même une expérience de révélation le réalise.

La révélation écarte l'interprétation et la nécessité de tout cela et vous laisse face au « Being », à l'Être. Cependant, dans le processus d'être vivant, toute cette matière continue à apparaître. Une expérience directe de votre nature vous permet de mettre la matière de côté ou de la laisser être telle qu'elle apparaît. Une fois que vous avez expérimenté la nature d'un évènement, travailler au sein de celui-ci est inestimable. Cependant, ceci en lui-même, ne s'accorde pas avec les sujets et les motivations qui continueront à vous pousser en avant dans cet évènement. C'est inestimable parce que c'est la vérité qui fonde notre vie. Et travailler dans la vérité est la seule façon de transformer quelque chose. Vous ne pouvez pas transformer quelque chose si vous n'allez pas dans son sens. Il est aussi inestimable d'avoir des expériences de révélations. Il est tout aussi important de travailler «avec l'évènement» et de mettre ce travail en place parce qu'une expérience révélatrice ne transforme pas complètement l'évènement. Comme vous l'avez dit, c'est un début, pas une fin.

 

Q: Le Cheng Hsin est-il dépendant du fait que l'étudiant ait réalisé sa vraie nature?

PR: Non. Vous pouvez commencer à travailler sur les évènements de votre vie sans savoir ce qu'est le « Being », l'Être. Vous pouvez transformer votre vie sans savoir que c'est le « Being » qui la transforme. Cela prendra probablement plus de temps parce que beaucoup d'énergie sera gaspillée, le travail sur vous-même ne procurant pas une expérience directe et authentique de ce qui fonde le travail et ce qui vous fonde et aussi parce que vous n'aurez qu'un accès limité à l'inconcevable, à l'impensable. Bien que certains fassent des progrès rien qu'en travaillant dans les classes de cette école, nos stages intensifs sont plus profondément dirigés vers une pénétration expérimentale de ce que quelqu'un doit acquérir pour progresser dans ce travail. Notez que je porte un grand amour pour les gens en général, et j'ai, de même, une grande admiration et un grand respect pour les gens qui sont volontaire pour faire ce qui est nécessaire pour arriver à la vérité.

L'une des choses qu'apporte une expérience de Being, d'Être, c'est que cela vous permet de reconnaître votre pensée comme un point de vue et pas comme la vérité. Et cela est un inestimable transformateur. Aussi longtemps que vous tiendrez ce que vous pensez pour la vérité, et pas simplement comme un point de vue, vous serez en rupture et cela paraîtra être le réel ou son reflet, une estimation de réalité. Et, en fait, ce ne l'est pas. Vous devez admettre d'abord que vous n'êtes pas ce que vous croyez être ; alors la liberté est possible.

 

Q : Littéralement et au figuré, il y a rupture de point de vue?

PR : Oui. Et c'est à ce niveau que je travaille avec les gens. Certains n'arrivent pas à se relier à ce qu'il pense être la révélation, mais ils vivent dans cette atmosphère, sachant qu'il y a là quelque chose qu'ils désirent et cela longtemps assez pour s'ouvrir jusqu'à s'intéresser à ce travail. J'ai rencontré des gens qui n'ayant jamais vécu de percée, spécialement dans «le travail conscient », sont arrivés à y voir clair dans leur nature et dans ce qui leur arrivait et qui travaillaient à leur transformation sans l'appeler ainsi. C'est encore plus remarquable pour certains de mes étudiants d'il y a trois ou quatre ans lorsqu'on les revoit aujourd'hui. Ils décrivent souvent ces transformations. Ils font des commentaires sur la solidité qu'ils ont vu se développer, ou sur certains changements par rapport à ce qu'ils avaient constaté avant. Je devrais le constater, mais je suis toujours avec le nez dessus. C'est plus facile lorsque vous pouvez le découvrir soudainement, par contraste avec la situation précédente. J'ai vu des gens travailler dans des «écoles», dans des «voies» ou organisations variées, avec des approches différentes, et bien que des changements ou des modifications drastiques puissent intervenir de temps en temps, plus chez les uns que chez les autres, à longue échéance, rien n'est plus transformateur que le Cheng Hsin.

 

Q: Pendant que vous parliez de votre Championnat du Monde, j'ai eu la même impression : que nombreux sont ceux qui considèrent le Championnat du Monde - que ce soit du basketball, de la boxe, ou n'importe - comme une fin, un but à atteindre. Et j'ai vraiment compris grâce à vous que vous le voyez comme un commencement et comme une occasion, une porte d'entrée et que votre travail, votre «devoir» viennent de commencer comme suite à ce que vous avez atteint.

PR: Oui. Je l'ai fait pour cette raison. D'abord, je devais capter l'attention des gens avant d'entreprendre quoi que ce soit avec eux. Les gens devaient d'abord venir vers moi pour que je puisse travailler avec eux. Mon travail est fondé en premier lieu sur ce que je considère être des cours et séminaires incroyablement puissants. Par exemple, j'ai un cours que j'intitule «Cours de Pensée ». Il parle de la relation que nous avons avec l'existence - de la «pensée », de la vie, de l'expérience, du savoir, de la perception, de l'émotion, des convictions et ainsi de suite - tout ce que nous sommes et que nous vivons. Dans ce cours, nos examinons tout cela. Nous nous occupons du recul devant la peur. Qu'est-ce que la peur, qu'est-ce réellement ? Pas seulement la peur, un mot, ou la peur, une sensation, mais réellement y entrer pour trouver ce que c'est et comment elle naît. Toutes les tendances et réactions qui sont les nôtres, et les habitudes de pensée et la psyché. Dans le « Cours de Pensée» nous utilisons la peur ... vous ne pouvez y échapper, vous savez ? Vous ne pouvez pas vous tenir là et dire: « Bien, je vais être très calme et serein », alors que cela vous mène vers la mort ! Nous en faisons usage et nous le travaillons et voyons de quoi il s'agit vraiment, nous ouvrant à sa vision. Je trouve cela très valorisant, très valorisant. C'est valorisant d'amener ce genre de recherche et de questionnement dans la vie. Généralement nous considérons les choses comme nous pensons les voir sans tenir aucun compte que, vraiment, nous ne savons pas ce qu'elles sont, de même que nous n'avons jamais approfondi cette matière. Cette position s'attache profondément au sens de la vie. L'évènement complet du Being, de l'Être c'est entreprendre le Cheng Hsin. S'enraciner dans ce genre de travail rend cette entreprise non seulement possible, mais accessible.

Q : Merci.

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